Camille Paulhan, 2015

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Il ne faudrait pas se laisser leurrer trop facilement par l’apparence première des œuvres de Marcel Devillers, son goût indiscutable pour les coffrages, lignes droites et autres motifs orthogonaux. Car ses amours formelles le conduiraient plus du côté des sensibles abstractions d’un Robert Ryman ou des fragiles grilles d’une Agnes Martin. 

Ainsi, dans La couleur tombée du ciel, ce sont de délicats cuirs d’anguille dont il tapisse des caissons, que de précises entailles viennent fendiller afin de laisser apparaître des lumières qui donnent à l’ensemble un aspect pour le moins mystérieux. Mais la question de la peau s’envisage également du côté du recouvrement, comme dans Audimat, où des photographies d’actrices célèbres ont été poudrées d’une pellicule épaisse de mica concassé, les faisant autant disparaître dans leur individualité qu’apparaître dans une sédimentation de visages nacrés. 

Et, lorsqu’il travaille à partir de grilles, c’est avant tout pour mettre en avant l’apparence rêveuse de matériaux, brillants ou mats selon les angles de vue, comme dans Celui qui chuchotait dans les ténèbres, où du gaffer a été tressé de façon à ce que ses reflets lumineux s’entrecroisent dans une vision nécessairement fragmentée de l’œuvre. 

Alors oui, certainement, il faudrait ici évoquer le romantisme feutré des travaux de Marcel Devillers, où la couleur verte des feuilles de brouillon de son Vin de palmier vient accrocher les visages de ceux qui s’en approchent ; où de minces feuilles de cuivre semblent s’envoler de la composition rectiligne de son Quadrille des abeilles, au titre lunaire. La peau, toujours, et en profondeur.